• Au gré de l'Astrolable

     

     

    Recueil a paraitre :

     

    Au gré de l'Astrolable

     

     

    Au gré de l’astrolabe

    Préface de Barnabé Laye

     

     

    « Le voyage…ce sont les yeux d’une étrangère ».

     (M. CURRY)

     

    Dès le départ, le titre de ce livre de Michel Bénard intrigue et fait naître dans notre esprit des images anciennes, celles des marins, explorateurs, voyageurs ou astronomes utilisant jadis l’astrolabe. Principal outil de navigation, il permettait de lire l’heure en fonction de la position du soleil et des étoiles et de relever des observations d’astronomie. Mais on ne l’utilise plus depuis le 18 ième siècle. On lui préféra le sextant beaucoup plus performant. Je soupçonne notre poète d’avoir un vieil astrolabe dans son grenier, héritage peut-être d’un ancêtre navigateur ou astronome. En tout cas, comme il nous y invite, nous partirons Au gré de l’astrolabe, par monts et par vaux, sur terre comme sur mer, dans le voisinage ou dans le lointain. Pérégrinations et voyages à la rencontre de l’Autre, à la rencontre des autres au pas lents d’un instrument magnifique et désuet.

     

    Mais qui est-il Michel Bénard ? Peintre, critique d’art, et d’autres compétences encore, il est surtout un poète de grande renommée, salué par ses pairs et récompensé par de nombreux prix, au passage, lauréat de l’Académie française et Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Il vit continuellement en poésie ou mieux en état de poésie. Ecrivant des poèmes tous les jours, en tout lieu où il se trouve et les envoyant à ses amis, pour le partage des instants de fulgurance. Partage. Pour lui, la poésie ne peut se vivre sans le partage avec les autres. Il est en permanence en voyage, toujours sur le chemin qui va de son cœur à l’autre, son contemporain, son ami, son lecteur. De même il marche de sa maison sur le chemin qui mène vers d’autres terres, d’autres contrées plus éloignées où vivent des femmes et des hommes avec lesquels il se sent en sympathie. Il a écrit tant et tant de livres, tant et tant de poèmes : c’est toujours le langage d’une musique intérieure qui court à travers les vers, les images captées sur le vif comme par l’objectif d’un photographe. Par exemple quand il dit : « Je laisse s’effacer la soie du rêve sur un fil d’argent… » et ailleurs : « L’homme porte son regard crucifié/ Sur le flux des innocents perdus/ Qui déjà ne sont plus/ Que cendres inconnues »

     

    Malgré les multiples facettes du talent de Michel Bénard, j’ai découvert qu’il y a comme une unité dans le personnage : il est Poète avant tout. C’est le poète qui peint, qui organise les galeries d’art, les expositions, qui écrit les critiques littéraires ou artistiques et tout le reste et jusque dans les relations au quotidien. Ainsi, celui qui aborde son œuvre en commençant par sa peinture, n’a qu’une hâte : vite découvrir sa poésie pour connaître l’homme.

     

    Il est temps de plonger dans le nouveau recueil du poète et de cheminer Au gré de l’astrolabe. Le livre se compose de deux parties : Terra Incognita et Terra Africa, comme si l’une faisait écho à l’autre, comme si l’une répondait à l’autre, comme si l’une, enfin, était la prolongation de l’autre. Terra Incognita du territoire inexploré, désirable et attirante. Terra Africa des vastes espaces au sud du Sahara, de l’Afrique intérieure sur les berges du Congo, la région des Grands Lacs, des parages du Zambèze et de Limpopo. Voici que les deux « Terres » entrent en fusion, en une osmose intime et chaleureuse.

     

    Dès les premiers poèmes le décor est planté. Le poème intitulé justement Terra Incognita commence ainsi :

     

     En toi, j’ai défloré une « terra incognita, »

     

    Sur son sable j’ai ramassé,

     

    Tombée d’un arbre esseulé

     

    L’écorce grise,

     

    Une croix du Sud oubliée

     

    Sur une piste touareg

     

    et il finit comme un aveu dans des termes nets et sans ambages :

     

    En toi, j’ai fertilisée une terre inconnue,

     

    Et respirant ton sang

     

    J’ai repris goût à la vie.

     

    Alors le poète nous invite à partir en voyages pour découvrir l’humain qui conduit vers l’universel. Au travers d’une femme « image égyptienne », au visage «  beau comme une fleur sauvage », il faut se laisser aller dans des rêves bleus. Dans une nuit tropicale, » boire les sèves de la femme désirée/ toute parfumée de fleurs de Tiaré ». Dire à une belle inconnue : « Laissez-moi vous déposer sur un croissant de lune ». De migration en migration, nous rencontrerons toute sorte d’hommes et de femmes et nous nous interrogerons « sur la signification d’un nouveau chemin ». Car parfois le doute habite le poète. Mais Il suffit d’une rencontre et il pourra déclarer : « Alors dans la rousse spirale/ D’une mèche de vos cheveux/ J’ai posé mon astrolabe ».

     

    La femme sera toujours le refuge de l’homme sur les chemins de la vie, que ce soit sur les sentiers du désert ou sur les sables face à l’océan : insondable mystère, faim et soif d’absolu. Au milieu du labyrinthe du destin, malgré l’incertitude des temps nouveaux, il faudra tout recommencer et à la première occasion, effleurer une histoire festonnée de beauté et pouvoir dire :

     

    Lorsque la mer dépose

     

    Sur tes seins enfiévrés

     

    Ses cristaux de sel,

     

    Dans le silence

     

    Bleu de la nuit

     

    Je rejoins la confrérie

     

    Des passeurs de rêves.

     

    Cependant, Michel Bénard nous met en garde contre un danger qui guette. Car « Parfois il suffit du souvenir d’un parfum, / Du rappel de la promesse d’un sein, / Pour perdre à jamais/ Le sens du chemin ». Cela étant, nous pouvons reprendre notre bâton de pèlerin et visiter des terres inconnues et pourquoi pas, des contrées ensoleillées comme les îles de Polynésie. Et puis revenir en terre africaine, à Fadiouth, l’île aux coquillages, non loin de Dakar. Là, ce ne sont plus rêveries de poète. Depuis pas mal d’années, Michel Bénard va passer des vacances au Sénégal où habite son fils. Il peut à loisirs déambuler au cœur du village de cases/ où se dessinent de graciles silhouettes/ de princesses d’ébène aux danses éphémères et se laisser envahir par les sortilèges des nuits africaines. La frontière est fragile/ du rêve à la réalité. / l’objet du désir se profile/ esquissant la gracieuse silhouette/ d’une femme obsidienne, / à la peau soyeuse et au corps luisant.

     

    La deuxième partie du recueil Terra Africa est comme un carnet de route dans lequel le poète note les impressions prises sur le vif : le soleil qui apparaît le matin à travers les branches d’un baobab, le chant d’un muezzin, la marche dans la savane, le mystère des cérémonies traditionnelles… C’est toujours la Femme, source des commencements, qui habite ses poèmes. Il observe ces hommes à la vie âpre et subtile, les palabres, les danses, la parole du griot, la sagesse des vieillards. Dans un élan fraternel, il crie sa révolte : « Non ! Ne me parlez plus des dieux, / Mais parlez-moi simplement/ De la vie des hommes. /Sur cette inextricable terre noire…/dites-moi simplement/ Le nom de l’homme sage !». Il chante l’Afrique qu’il côtoie de jour, de même que le pays des marabouts, féticheurs, sorciers, guérisseurs, des hommes noirs venus de nulle part, terre d’ombre et de lumière. A travers de somptueux poèmes, le souffle lyrique du poète prend son envol au-dessus de la savane, sur le village de Popenguine, sur les femmes autour d’un puits, au milieu des brumes de Toubab Dialaw pour aller s’abriter avant la nuit car, c’est l’heure crépusculaire/ où tous les parfums opiacés/ des pluies tropicales/ nous saisissent d’ivresse.

     

    Michel Bénard n’est pas un voyageur pressé. Il n’est pas un touriste qui visite à grands pas les monuments et les paysages. Au contraire, il prend son temps. Il voit passer les grandes transhumances et les nomades en bleu et brun, il observe l’enterrement d’un vieillard, un sage qui s’en va, il médite sur le mystère africain. Car «  l’heure est venue de refaire/ l’apprentissage de l’homme/ de replanter l’arbre de la parole ». Il marche au bord de l’océan, admire le travail des pêcheurs, il rêve à une femme noire rencontrée au détour d’un chemin, il rêve à d’enivrantes extases suspendues/ à d’hypothétiques caresses. Il avoue volontiers :

     

    « Il y aura ce souvenir

     

    De caresses d’écume,

     

    D’odeurs de sel et d’algues marines

     

    D’un corps qui se dessine

     

    Au parchemin de la mémoire ».

     

     

     

    Au gré de l’astrolabe est un livre riche, dense et subtil qui nous emporte par la magie des mots dans des terres lointaines et pourtant si proches, grâce à la sympathie et à l’humanisme de Michel Bénard qui a opéré depuis longtemps, selon l’expression de Michaux, « une décongestion, ouverture d’une autre fenêtre sur le monde ». Si dans sa peinture les couleurs s’enlacent, se déchirent, se caressent dans l’harmonie des formes pour être « une fête pour l’œil », les poèmes que nous propose le poète sont une invitation au partage de nobles sentiments, un regard plein de tendresse et d’amitié et en définitif, une fête pour l’esprit et le cœur.

     

     

     

    Barnabé LAYE

     

    Poète et romancier

     

    « AFFICHES d'EXPOSITIONS Remise des Prix Cénacle 2015 Paris »

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